On l’entend dans toutes les familles, souvent au pire moment : « Sabr, ça va passer. » Après un échec à un examen, une galère de papiers, une maladie dans la famille, un deuil. Le mot paraît simple, presque résigné. En réalité, le sabr est l’une des notions les plus riches de l’islam, et l’une des plus présentes dans le Coran.
Que veut dire sabr ?
Sabr (صبر) se traduit par « patience », mais le mot arabe va plus loin. Il vient d’une racine qui évoque le fait de retenir, de contenir, de tenir bon. Le sabr, c’est garder le contrôle de soi face à ce qui nous bouscule : ne pas se laisser emporter par la colère, ne pas abandonner, ne pas perdre confiance en Dieu.
Ce n’est donc pas une patience passive. C’est de l’endurance, de la constance, et une forme de courage silencieux.
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اسْتَعِينُوا بِالصَّبْرِ وَالصَّلَاةِ ۚ إِنَّ اللَّهَ مَعَ الصَّابِرِينَ
« Ô vous qui avez cru ! Cherchez secours dans l’endurance et la prière. Allah est avec ceux qui sont endurants. »
Coran, sourate Al-Baqara (2), verset 153 · traduction du sens
Les trois formes du sabr
Les savants distinguent traditionnellement trois formes de patience :
- La patience dans l’obéissance : se lever pour la prière du fajr en hiver, jeûner les longues journées d’été, rester régulier quand la motivation baisse.
- La patience face à l’interdit : se retenir de ce qui ferait du tort, même quand c’est tentant ou que tout le monde autour le fait.
- La patience dans l’épreuve : accepter ce qu’on ne peut pas changer, sans révolte contre Dieu, tout en faisant ce qui est en notre pouvoir.
Pour ceux qui vivent leur foi en minorité, en Europe, la deuxième et la troisième prennent un relief particulier. Il faut parfois du sabr pour rester soi-même au travail, à l’école, dans le regard des autres.
Ce que dit le Coran sur la patience
Le sabr revient près de quatre-vingt-dix fois dans le Coran, selon le compte attribué à l’imam Ahmad. Quelques versets que beaucoup connaissent par cœur :
فَإِنَّ مَعَ الْعُسْرِ يُسْرًا إِنَّ مَعَ الْعُسْرِ يُسْرًا
« À côté de la difficulté est, certes, une facilité. Oui, à côté de la difficulté est une facilité. »
Coran, sourate Ash-Sharh (94), versets 5 et 6 · traduction du sens
« Et fais la bonne annonce aux endurants, qui disent, quand un malheur les atteint : Nous sommes à Allah et c’est à Lui que nous retournerons. »
Coran, sourate Al-Baqara (2), versets 155 et 156 · traduction du sens
Cette phrase, Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un (إنا لله وإنا إليه راجعون), on la prononce à l’annonce d’un décès, mais aussi pour une perte plus petite. Elle remet les choses à leur place.
Le Coran promet aussi une récompense hors norme : « Les endurants auront leur pleine récompense sans compter » (sourate Az-Zumar, 39, verset 10). Et quand le prophète Yaqub apprend la disparition de son fils Yusuf, il répond par deux mots devenus célèbres : sabrun jamil (صبر جميل), « une belle patience » (sourate Yusuf, 12, verset 18). Il les répète des années plus tard, lorsque son autre fils, Binyamin, est retenu en Égypte (verset 83). Une patience sans plainte contre Dieu, sans amertume.
Ce que dit la Sunna
« L’affaire du croyant est étonnante, tout ce qui lui arrive est un bien, et cela n’est donné qu’au croyant. S’il lui arrive une joie, il remercie, et c’est un bien pour lui. S’il lui arrive un malheur, il patiente, et c’est un bien pour lui. »
Hadith rapporté par Muslim (2999)
Ce hadith relie deux attitudes : le shukr (شكر), la gratitude, et le sabr. C’est pour ça qu’on associe si souvent « Sabr » et « Alhamdulillah » : ce sont les deux faces de la même confiance.
« Nul n’a reçu de don meilleur et plus vaste que la patience. »
Hadith rapporté par al-Bukhari (1469) et Muslim (1053)
Le Prophète ﷺ a aussi précisé quand la patience compte le plus : « La patience, c’est au premier choc » (rapporté par al-Bukhari, 1283, et Muslim, 926). Il l’a dit à une femme qui pleurait sur une tombe et qui l’avait repoussé sans le reconnaître. Autrement dit, la vraie patience, c’est la réaction des premières secondes, pas seulement celle qu’on retrouve des semaines après.
Ayyub, le modèle de l’endurance
Le prophète Ayyub (Job) a perdu sa santé, ses biens et ses enfants. Il n’a jamais cessé d’invoquer Dieu : « Le mal m’a touché. Mais Toi, tu es le plus Miséricordieux des miséricordieux » (sourate Al-Anbiya, 21, verset 83). Le Coran conclut : « Nous l’avons trouvé vraiment endurant. Quel bon serviteur ! Il était plein de repentir » (sourate Sad, 38, verset 44). Son histoire est souvent racontée aux enfants pour expliquer que la patience finit toujours par être récompensée.

Pourquoi avoir le mot Sabr sous les yeux
On ne pense pas au sabr quand tout va bien. On en a besoin quand tout s’accélère, et c’est justement là qu’on l’oublie. Un mot affiché dans un endroit stratégique rappelle de respirer avant de réagir :
- Dans le bureau, face à l’écran, pour les journées chargées et les mails qui énervent.
- Dans la chambre, pour les nuits où l’on tourne en rond.
- Dans l’entrée, pour les retours de journée difficile et les matins pressés avec les enfants.
- Dans un coin de révision, pour les étudiants en période d’examens.
Le tableau Sabr est aussi un cadeau délicat pour quelqu’un qui traverse une épreuve : il dit « je suis avec toi » sans phrase toute faite. On l’a mis dans notre sélection de cadeaux qui ont du sens.
Comment cultiver le sabr au quotidien
- La prière. Le verset l’associe directement à la patience : « cherchez secours dans l’endurance et la prière ».
- Le dhikr. SubhanAllah, Alhamdulillah, Allahu akbar, répétés après chaque prière, sur les doigts ou avec un tasbih. On en parle dans notre article sur le coin salat.
- L’entourage. La sourate Al-‘Asr (103) décrit ceux qui réussissent comme ceux « qui s’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement l’endurance ». La patience se travaille aussi à plusieurs.
- Le recul. Se rappeler que la difficulté a une fin : « à côté de la difficulté est une facilité ».
Le sabr fait partie de ces mots qu’on prononce sans y penser. Pour découvrir les autres, lisez notre guide des mots musulmans du quotidien.



